Publics éloignés
La dimension sociale de la fracture numérique
- TIC, Alphabétisation et lutte contre l’illettrisme
- Education et savoir
- Apprentissage et maîtrise des TIC
- Exclusion des TIC
- Insertion socioprofessionnelle par les TIC
- E-inclusion administrative
- E-démocratie et expression de la citoyenneté
- Lien social et nouvelles formes de sociabilité
- Publics éloignés
- Les jeunes et les TIC
- Handicap et maladie
- Initiatives associatives et transferts d’expériences
- Promotion des TIC
Internet pour tous : ne pas sacrifier deux générations
Constat très mitigé à l’occasion de l’enquête annuelle du CREDOC pour le CGTI et l’ARCEP : le taux d’équipement en ordinateur et le taux d’accès à internet continuent à augmenter, pour toutes les catégories de la population mais les écarts, considérables, subsistent.
Ainsi, les foyers dont les revenus sont inférieurs à 900E/mois, ayant accès à internet, passent de 26 à 34% en un an, ceux dont le revenu est supérieur à 3100 E/mois passent de 84 à 91%. Un écart de 1 à 3 pratiquement.
Une analyse fine fait dire au CREDOC que l’évolution entre 2007 et 2008 va même jusqu’à marquer une "pause dans la résorption des inégalités". Les facteurs très discriminants sont toujours l’âge, le revenu, la profession et le niveau de diplôme.
Ces écarts impactent bien entendu les usages. Ainsi pour la réalisation de démarches administratives ou fiscales par internet, seulement 11% des non diplômés y ont recours contre 69% des diplômés du supérieur.
Avec de tels freins, la France est très loin des meilleurs pays européens. En Hollande, c’est 86% des ménages qui ont internet à domicile, près de moitié en plus qu’en France, surtout avec une croissance qui se tasse déjà dès l’année dernière.

Le facteur d’espoir est du côté de la jeunesse : 89% des 12-17 ans ont un accès à domicile et 72% se connectent tous les jours.
Néanmoins, sauf à sacrifier deux générations, il faudra des politiques publiques fortes pour rattraper les fortes inégalités d’accès à l’ordinateur et à internet, qui renforcent les inégalités sociales.
>>>>> le rapport 2008 du CREDOC
Repris d’un article publié par l’AVICCA, L’Association des Villes et Collectivités pour les Communications électroniques et l’Audiovisuel regroupe 56 Villes, 28 Communautés urbaines ou d’agglomérations, 18 syndicats de communes, 18 structures départementales et 5 régionales, représentant 33.000.000 d’habitants sur 66 départements différents.
Article sous licence creative common, paru le 2 janvier 2009
France Telecom lance un forfait à 10€ pour les plus démunis
Dans un article récent, le PDG de France Telecom annonce des tarifs ’avantageux’ pour les plus démunis, allocataires de minimas sociaux : forfait bloqué à 10 €, mobiles recyclés, offre triple-play,...
En effet, devant la disparition quasi complète du "service public" dans le domaine de la téléphonie et son remplacement par une unique logique de marché et donc de profits, il a bien fallu que l’usager s’adapte, à plus forte raison s’il était pauvre !
On sait, depuis longtemps, que les téléphones portables ont fait "un tabac" chez ceux qui ont le plus difficile ! Contrairement au téléphone fixe, il est possible de téléphoner en fonction de l’argent dont on dispose (cartes pré-payées) et surtout, il n’y a plus tous les frais afférents aux lignes fixes : frais de coupure, de rétablissement de ligne, etc... De plus, ces téléphones portables sont devenus indispensables dans les quartiers et les cités où les téléphones publics ont disparu.
Non seulement le téléphone portable est utile pour l’emploi, mais aussi pour contacter l’assistante sociale, faire différentes démarches... voire est une sécurité pour des personnes dont la santé est fragile. Il a également permis de resserrer (parfois trop !!!) les liens entre membres de la famille, avec les enfants placés, etc...
Mais est-ce que cette nouvelle offre va intéresser vraiment les plus pauvres ? Pas sûr ! C’est totalement différent d’acheter une carte quand on a de l’argent... ou de voir son forfait bloqué après 40 minutes (pas très long, 40 minutes quand on regarde en rue autour de soi) ! Ce qui aurait vraiment été une chance pour ceux qui ont le plus difficile, c’est de baisser les tarifs généraux ! Quand on sait, par exemple, ce que ces sociétés ont gagné grâce aux ententes ou au roaming, le "tarif social" ressemble plus à un coup de pub qu’autre chose !
Quant aux mobiles recyclés, pourquoi faut-il qu’ils soient nécessairement "pour les pauvres" ? Alors que, justement, tout l’intérêt est d’être comme les autres... et d’avoir accès aux mêmes droits que les autres.
Ainsi les personnes qui habitent hors des zones urbanisées, à l’écart sont aussi celles qui souvent n’ont pas l’électricité et sont mal couvertes par les ondes, comme nous l’avions remarqué lors du projet "Internet de rue". Il aurait dès lors été plus utile d’étendre la couverture du réseau jusqu’à toucher ces personnes...
L’avenir dira ce qu’il en est...
"Internet dans la Cour", projet d’ATD Quart Monde
Après le projet "Internet de rue" (France 2003/2006), en s’appuyant sur une dynamique forte qui rassemble de très nombreux jeunes en Pologne, le Mouvement ATD Quart Monde y bâtit le projet " Internet dans la cour ".
Le projet 2009-2010 d’ATD Quart Monde-Pologne intitulé "Internet dans la cour !" vise à introduire des temps d’accès à l’Internet dans les projets de "bibliothèques de rue" menées en Pologne. Ce projet s’inspire de l’engagement d’ATD Quart Monde depuis le début des années 80 à donner aux populations les plus défavorisés l’accès aux outils des TIC : micro-informatique, puis Internet...
Pour réaliser ce projet, ATD Quart Monde-Pologne cherche des partenaires et un soutien initial de 3000 Euros pour faire l’acquisition du matériel de base pour la phase pilote du projet.
Projet signalé aussi sur le blog de Laurent Jerinte
S’exprimer au travers de l’informatique
Un intéressant projet est en train de voir le jour en Bretagne, un "wiki [1] des gens du voyage". Voici un extrait de la présentation du projet :
Synthèse du projet envisagé :
Faire exister le Wiki Gens du voyage (Wiki GDV) en impulsant la dynamique à partir de Brest
Objectifs :
- soutenir les gens du voyage dans la découverte du multimédia et de l’internet
- favoriser l’expression (écrite ou orale) des gens du voyage par l’appropriation et le développement du WIKI GDV
- co-construire les pratiques du réseau de partenaires autour du WIKI GDV
- diffuser l’initiative au niveau départemental, régional et national
Public :
- familles accueillies sur le terrain d’accueil des gens du voyage de Brest (35 emplacements familiaux)
- structures partenaires accueillants les gens du voyage sur la ville de Brest
- structures à l’échelle départementale et nationale souhaitant développer le Wiki GDV (associations de voyageurs, structures travaillant auprès des gens du voyage, FNASAT…)
Animation :
- Permanente et bénévoles de l’Association Infini
- La coordinatrice du projet social de l’aire d’accueil des gens du voyage et l’assistante sociale accompagneront la mise en place de l’action sur le terrain.
(lire la suite...)
Etude sur Saint-Etienne
A signaler, une intéressante étude de 2006 intitulée "Faciliter l’accès à Internet aux résidants de logements sociaux" sur deux quartiers de Saint-Etienne, diffusée par PSAUME.
Un aspect intéressant est qu’ele cherche "à identifier les moyens à disposition de l’ensemble des acteurs concernés pour oeuvrer en faveur d’une plus grande cohésion sociale par les TIC, en accordant une attention particulière à la prise en compte de l’aménagement numérique dans le logement social".
Internet et Développement : Exemple de l’accès, de l’utilisation et de l’impact d’Internet sur les milieux populaires de Rosario, Argentine
Dans le cadre d’un MASTER en SCIENCES DU TERRITOIRE à l’université Pierre Mendès-France (GRENOBLE II), Cindy Drogue a effectué son stage en Argentine auprès de l’ONG Nodo Tau.
Cette ONG, fondée par des professionnels de l’informatique et des communications, travaille auprès de groupes de base : organisations populaires, syndicats et associations, afin de faciliter la diffusion des NTIC auprès des populations les plus éloignées.
Une partie du travail est consacrée aux télécentres et cyber-cafés, lieux créateurs de liens social : "Les personnes rencontrées fréquentent les cybercafés pour avoir accès aux outils techniques mais aussi pour rencontrer du monde et créer du lien social. D’ailleurs 55 % déclarent venir accompagnés c’est-à-dire que la démarche s’effectue, la plupart du temps, dans une recherche conjointe d’échanges et de partages et pas, comme nous l’aurions pensé à priori pour les cybercafés, de manière individuelle. Les structures sont généralement situées, entre 50 et 200 mètres du domicile des personnes enquêtées (dans 84% des cas) ce qui fait d’elles un réel service de proximité. Les personnes les fréquentent avec une grande régularité et pendant un temps conséquent : 70% déclarent y aller plus de trois fois par semaine et se connecter plus d’une heure chaque fois (64%). Pour 77 % des individus rencontrés ces structures sont leur unique lieu d’accès à Internet, pour les autres ils se connectent également à la maison ou au travail mais jamais à l’école." (p. 49)
Son travail est est disponible en ligne sous forme de rapport de stage intitulé "Internet et Développement : Exemple de l’accès, de l’utilisation et de l’impact d’Internet sur les milieux populaires de Rosario, Argentine", sur le site de Psaume.
Suite : Free propose le service universel gratuit des télécommunications
Sources : Artesi
Date : 11/09/06
Résumé : Free, à travers la Fondation Free, entend rendre gratuit au plus grand nombre l’accès à la société de l’information dans tous les immeubles fibrés dans le cadre du plan de fibres à l’abonné (FTTH). La Fondation Free fournira contre caution un terminal optique raccordé sur la fibre dédiée arrivant chez l’abonné et donnant accès gratuitement à : une ligne téléphonique sans abonnement, les appels d’urgence et les appels vers les services sociaux ; un accès à Internet bas débit (e mail + accès web) ; au service d’antenne avec un accès aux chaînes gratuites de la TNT en qualité numérique. Ainsi, en France, dans les zones fibrées par Free dans le cadre de son déploiement FTTH, et tout d’abord à Paris, il sera possible pour tous de bénéficier gratuitement de la télévision en qualité numérique, de l’accès bas débit à Internet et d’une ligne téléphonique. Il ne sera plus nécessaire pour les foyers de souscrire un abonnement téléphonique ni pour les immeubles de rémunérer un service antenne. Avec cette offre gratuite, Free, à travers la Fondation Free, donne un véritable coup d’accélérateur au développement de la société de l’information.
Le fondateur de Free promet l’internet gratuit aux plus démunis
Source : Neteco
Date : 12/09/06
Résumé : Free a annoncé la création d’une fondation caritative chargée de lutter contre la facture numérique en instaurant un véritable service universel gratuit. Baptisée "Fondation Free" et financée par Xavier NIEL, le fondateur du groupe télécom, cette structure proposera gratuitement à toutes les familles situées dans un immeuble équipé par Free en fibre optique : une ligne téléphonique sans abonnement, un accès à Internet bas débit (e mail + accès web) et un service d’antenne avec un accès aux chaînes gratuites de la TNT en qualité numérique. Jusqu’à présent, il fallait payer 30 euros par mois pour se connecter au Net et au moins 30 euros par mois pour bénéficier d’un PC. Désormais, ces coûts seront divisés par deux et cette offre devrait véritablement démocratiser l’accès à la culture pour des milliers de foyers modestes.
Faciliter l’accès à Internet aux résidants de logements sociaux
Source : Réseau aménagement numérique des territoires.
Date : 28/07/2006
Conclusion :
L’étude des pratiques des TIC des habitants de deux quartiers d’habitat social met en lumière des lignes de partage de la société en fonction de la capacité des individus à tirer parti des opportunités offertes par les outils de communication. Le concept de capital communicationnel pour désigner cette capacité permet d’introduire l’idée que la dimension communicationnelle de la société influe sur le destin des individus. Ainsi, au même titre que le capital économique, le capital social et le capital spatial, ce capital communicationnel est un élément fondamental de la position des individus dans la société et de leur capacité à s’approprier leur destin. Dès lors, la prise en compte de ces multiples fissures numériques devient incontournable dans les politiques visant à raccrocher les personnes ou les territoires marginaux (en dehors de la norme, ou proches des extrêmes statistiques). Les paramètres à prendre en compte sont nombreux comme le sont les freins à la diffusion des usages. Agir en faveur de l’éducation, de l’alphabétisation, de l’adaptation des outils afin de les rendre accessibles aux handicapés, sont autant de pistes à suivre pour l’universalisation des usages d’Internet.
Un regard rétrospectif sur l’histoire des réseaux techniques des premiers temps de l’urbanisme rappelle le rôle de la puissance publique et de la réglementation dans l’universalisation de leur accès. Si le déploiement des infrastructures de télécommunications ne suffit pas à développer les usages, contrairement à celles de ces premiers réseaux techniques, et si l’accompagnement humain est une dimension essentielle, intégrer l’aménagement numérique et l’offre de services de télécommunication dans le logement ne peut que lever certains freins à la diffusion de ces usages. Faire entrer Internet dans la sphère domestique pour tous, de la même façon qu’il s’est invité naturellement chez ceux dont le capital économique, culturel, social prédisposait à l’adopter est bien l’enjeu de la prise en compte du numérique dans la construction, mais aussi dans l’habitat existant.
Commentaire :
Bien que réalisée sur un temps très court, cette étude met en valeur, à côté du "capital social" des personnes et ménages, leur "capital communicationnel". L’enjeu est alors la promotion des personnes et groupes (dans un territoire donné) bien plus que la diffusion technique d’un outil.
Enquête anglo-saxonne sur « Les personnes âgées et les NTIC »
Source : SeniorActu.com
Date : 13/07/06
Résumé : Une grande enquête anglo-saxonne sur « Les personnes âgées et les NTIC », réalisée par l’Ofcom Consumer Panel (OFP) montre qu’une majorité des seniors se sentent exclus du monde de l’internet par manque de formation ou par peur de l’ordinateur. Selon cette grande enquête, l’âge reste un véritable obstacle à l’utilisation des nouvelles technologies. Elle montre également que beaucoup de personnes âgées n’ont aucun intérêt pour les TIC et ne souhaitent pas utiliser ces nouveaux services. Plus de la moitié (56%) des personnes de 65 ans et plus s’excluent d’elles-mêmes volontairement de monde de l’ordinateur et de l’internet. Ces attitudes négatives envers les NTIC inquiètent les spécialistes qui estiment que les seniors pourraient se faciliter le quotidien en surfant sur le net. Ce rejet de l’informatique risque de conduire cette catégorie de la population à se sentir exclue du monde moderne - chaque jour plus informatisé - ce qui peut entraîner à terme un phénomène de repli sur soi et d’isolement. Pourtant l’étude souligne aussi que ces personnes « désengagées du monde digital » pourraient trouver un intérêt et du plaisir à naviguer sur la toile avec une aide et une assistance appropriées d’où l’idée de développer le secteur de l’assistance informatique. En outre, cette enquête indique qu’il existe malgré tout une part non négligeable de seniors qui sont déjà conquis par l’internet et qu’il faut fidéliser. La plupart ont eu leur premier contact avec un ordinateur au travail. Les autorités publiques ont tout intérêt à inciter les personnes âgées à utiliser ces nouvelles technologies. De nos jours, de plus en plus de services sont en ligne –impôts, transports, voyages, commerce, etc.- Les personnes qui ne se connectent pas vont se retrouver à terme dans une situation d’exclusion grandissante. D’ou l’importance de réduire la fracture numérique le plus tôt possible en intégrant ces populations dans le monde de demain : celui des nouvelles technologies.


