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Participation d'ATD Quart Monde aux Rencontres
de l'ISOC-France à Autrans (7, 8 et 9 Janvier 1999)

Dossier d'information


fiche n° 1

ATD Quart Monde, l’informatique,la communication et Internet

Au début des années 1980, le père Joseph Wresinski, fondateur d'ATD Quart Monde, demandait à plusieurs volontaires permanents ayant des compétences en informatique d'introduire des ordinateurs dans les quartiers défavorisés où ils étaient présents. Pour lui, il était fondamental de permettre aux plus pauvres de ne pas louper le virage de l'informatique, eux qui avaient " loupé tous les autres virages ". Il l’expliquait ainsi : " C'est une nouvelle culture qui s'introduit dans l'humanité... Nous allons condamner des générations d’enfants et de jeunes de milieux défavorisés si nous les laissons en dehors du futur langage qui réunira les hommes."

C'est ainsi que se sont développées les premières expériences pilotes dans le cadre des bibliothèques de rue animées par ATD Quart Monde dans des quartiers très pauvres de New York et de France.

En 1987, le père Joseph évoquaient encore les mutations technologiques, économiques, sociales et culturelles de nos sociétés et avertissait : "Nous n'allons pas attendre l'achèvement de nos mutations pour nous ranger aux côtés des plus pauvres. D'autant moins que ces mutations réalisées sans eux et sans tenir compte de leur expérience ne leur serviront pas par après. La grande pauvreté que nous emmenons vers une nouvelle société ne disparaît pas ainsi comme par enchantement. Il faut nous en défaire par la construction même de cette société ; sinon elle sera à nouveau comme incrustée dans ses murs".

C'est dire l'importance et la chance que représentent pour les populations en situation de grande pauvreté, la mutation vers la société de l’information, du savoir et de la communication que le monde vit à l’heure actuelle.

Cette mutation, les outils qui s’y développent, sont au coeur des combats menés par le Mouvement ATD Quart Monde depuis son origine : permettre aux familles les plus pauvres et à leurs enfants de sortir de leur isolement, d’accéder aux savoirs de l’humanité, de se rassembler et de communiquer avec d'autres, en un mot, de vivre cette société de l'information et d’y contribuer au même rythme et avec les mêmes chances que les autres citoyens.

Les projets du Mouvement ATD Quart Monde à ce sujet s'inscrivent donc dans une histoire qui commence dès le début des années 1980 quand des volontaires permanents du Mouvement introduisent aux USA comme en Europe les ordinateurs dans les bibliothèques de rue animées dans de nombreux quartiers défavorisés.

Depuis ces années, l'ordinateur et la télécommunication informatique ont fait partie intégrante de nombreux projets en particulier auprès des jeunes et des enfants. Parallèlement à ces initiatives, une expérience de télécommunication informatique entre les Universités Populaires Quart Monde en Europe a été mis en place à partir de 1991. Il s'agit de permettre un partage entre les réflexions des adultes qui se font dans chacune des Universités Populaires Quart Monde. L'échange par ordinateur de compte-rendus ou de messages, l'organisation de journées où beaucoup se connectent en même temps et répondent à l'envoi fait par d'autres a été une expérience forte de communication. De là est né un réseau de télécommunication informatique interne : le réseau Quart Monde.

En 1996, de nouvelles expérimentations ont été mises en route à l'aide des outils de communication de l'Internet (e-mail, World Wide Web...). Ainsi un site Web a par exemple été créé pour soutenir la mobilisation du plus grand nombre à l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère, célébrée chaque 17 octobre depuis 1987 à l'initiative des plus pauvres et reprise depuis 1992 par la communauté internationale sous l'égide de l'ONU. Ce site (www.easynet.fr/oct17) a permis à de nombreuses personnes, pauvres ou non, d'échanger informations et témoignages.

Dans les projets du Mouvement ATD Quart Monde (voir fiches n° 2 et 3) où sont utilisés les technologies de l’information et de la communication, les plus pauvres signifient fortement que leur plus grande souffrance est de ne compter pour personne, et donc de ne transmettre aucun sens à l'autre. Or le coeur de la communication n'est-il pas de transmettre un sens ?

Ainsi, dans tous les débats sur " la Société française en Réseau ", les très pauvres nous renvoient à l'essence-même de la communication. Ceux qui sont privés de communication et donc de sens posent ainsi une double question : ont-ils un sens pour les autres et ont-ils les moyens de le transmettre ? Tel est sans doute l'un des principaux enjeux du développement de cette société.

En privant une personne de l'accès à ces technologies, ne la condamne-t-elle pas à n'être qu'un signe de plus en plus invisible et à avoir une existence clandestine? N'enferme-t-on pas son intelligence dans des cul-de-sac, sans même que sa souffrance puisse être prise au sérieux et permette aux autres de progresser? En ne permettant pas aux plus pauvres de partager leur expérience de la misère et de l’exclusion et la pensée sur le monde qu’ils en tirent, ne se prive-t-on pas des possibilités de bâtir enfin un monde sans misère et où la dignité de chacun sera respectée ?

C’est avec ces questions rivées au coeur et à l’esprit qu'ATD Quart Monde est présent aux 3ème rencontres du Chapître français de l'Internet Society à Autrans.


fiche n° 2

Rencontre à deux devant l'Internet, une initiative de Jeunesse Quart Monde

Nous sommes en Septembre 1998, à Champeaux, près de Melun (77). Des jeunes de milieux très différents participent au chantier-formation proposé par le Mouvement Jeunesse Quart Monde. Certains, comme Sabine de Lorraine, ne maîtrisent ni la lecture, ni l'écriture. D'autres, comme Céline de la Bretagne, sont sur le point de commencer leur première année à l'université. D'autres encore, comme Stephen d'Angleterre, ont quelques années d'expérience sur le marché du travail. Plusieurs, comme Jean-Marc d'Alsace, n'ont jamais eu un travail salarié. Ils cherchent toujours une structure qui les soutiennent pour se former, car leur vie de misère les a étiqueté 'handicapés'. Parmi tous ces jeunes, seul Nadine, d'Ile de France, a déjà une pratique de l'Internet.

Pendant la semaine de chantier, chaque après-midi, alors que les autres contribuent aux travaux de rénovation et d'entretien du centre international du Mouvement Jeunesse Quart Monde, deux jeunes, volontairement issus de milieux différents, passent deux heures avec un animateur autour d'Internet. Ils apprennent ensemble ce qu'est Internet et comment ça marche. Ils choisissent ensemble un sujet qui les intéresse tous les deux et font une recherche sur le Web. A deux, ils s'informent sur le Kenya, Astérix, Tahiti, les carottes, le Mouvement Atd Quart Monde... L'un partage sa passion, ses connaissances, sa ville d'origine… à l'autre. Si l'un et l'autre sont à l'aise avec la lecture, ils découvrent les possibilités de l'IRC.

Au cours de deux soirées de cette même semaine, il est proposé aux jeunes de contribuer aux échanges de la liste de diffusion du Mouvement Jeunesse Quart Monde. Cette liste a été mise en route au début de l'année 1998. Elle met en lien, grâce à l'Internet, tous les groupes de jeunes et des jeunes isolés qui participent à la dynamique du Jeunesse Quart Monde. Ces jeunes du monde entier, dont certains ont grandi en terre de misère, ont, avec cette liste de diffusion, un outil de dialogue régulier. Au cours du premier semestre 1998, cette liste a notamment permis de bâtir un message qui a été adressé à l'ensemble des Ministres de la Jeunesse du monde lors de la première Conférence mondiale des Ministres de la Jeunesse s'est réunie à Lisbonne en août 98.

Au cours des soirées du chantier-formation, les jeunes à Champeaux utilisent donc cette liste de diffusion. Ils échangent avec des jeunes Lillois et Slovaques, réunis à l'occasion d'un voyage d'étude à Lille. Ils reçoivent des contribution d'Angleterre et de Belgique. Ils prennent enfin le temps de partager aux autres jeunes ce qu'ils sont en train de vivre.

"Voici en quelques mots les impressions que nous voulons vous partager sur le déroulement de notre semaine. Avant toutes choses, quelles étaient nos réelles motivations ? Venir ici voulait dire pour la plupart d'entre nous : rencontrer des jeunes de différents milieux , connaître le mouvement ATD Quart Monde un peu mieux et surtout nous pensions que c'était un pas, pour les uns le premier mais pour tous important, pour combattre la misère.

Le chantier nous permet d'accéder à différents savoirs : manuel (rénovation d'un bâtiment), artistique (vidéo, peinture sur soie), culturel (navigation sur Internet, visite d'un château). Tous sur le même pied d'égalité nous partageons notre savoir. Chaque temps de pause est l'occasion d'une réflexion avec les volontaires et d'échanger notre désir commun de changer le monde et d'abolir l'exclusion.

Nous espérons que vous continuerez à lutter comme nous pour un monde meilleur !"

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A la fin de cette semaine, Peggy Simmons, volontaire permanente du Mouvement Jeunesse Quart Monde, commente : "Sans aucun doute, ces ateliers donnent aux jeunes les plus pauvres une expérience et une ouverture au monde qu'ils n'ont nulle part ailleurs. Ces ateliers peuvent nous aider à comprendre ce que cela veut dire mettre ensemble les plus pauvres et Internet. Par ailleurs, les jeunes de milieux plus aisés nous montrent comment ces ateliers autour d'Internet peuvent nous amener tous beaucoup plus loin."

En effet, lorsqu'ils évaluent la semaine, ces jeunes mettent en avant cette rencontre à deux devant l'Internet :

"On n'est que deux en face de l'ordinateur, de l'écran. Tous les deux avons accès ensemble à un savoir, que nous partageons ensemble. Nous commencions tous les deux à zéro et avons appris ensemble."

"J'ai vu l'ordinateur comme une barrière. J'ai appris comment ceux qui ont des difficultés de lecture et d'écriture peuvent avoir des problèmes. C'est un handicap majeur. Nous pouvons voir que sans ça, nous ne pouvons pas utiliser un ordinateur. Il faut lire, et parfois même en anglais. Nous pouvons passer cette barrière ensemble."

"C'est bien de nous aider à comprendre à quoi sert l'informatique, car c'est l'avenir. Et l'avenir c'est nous, les jeunes."

"J'ai trouvé très bien de travailler à deux sur les ordinateurs, travailler sur Internet à deux permet justement de découvrir qui est l'autre et ce qu'il aime. Nous apprenions en égalité. L'informatique et Internet symbolisent le troisième millénaire. En les pratiquant ensemble, nous voyons que nous pouvons passer cette barrière ensemble, passer dans le troisième millénaire à égalité. C'est un message pour tous."

Ce message "les jeunes peuvent, et veulent, dépasser l'inégalité de la misère, en prenant ensemble pleinement possession de tous les outils de l'avenir", le Mouvement Jeunesse Quart Monde veut le faire entendre. "C'est ensemble que nous allons faire évoluer Internet en outil pour tous" conclut Peggy Simmons.

Contact : yodem@atd-quartmonde.org

Site Web : www.jqm.cie.fr


fiche n° 3

Quartiers échangent trésors sur Internet : Le Web de l’Avenir Partagé

Le projet du "Web de l'Avenir Partagé" s’appuie sur la dynamique mise en route par le Mouvement ATD Quart Monde depuis 12 ans et intitulée " " les Semaines de l‘Avenir Partagé ". Cette dynamique de partage du savoir, impulsée en 1985, encourage la venue dans des quartiers défavorisés de personnes passionnées de musique, de sport, d’artisanat… et d’informatique. Les acteurs en sont : les habitants des quartiers concernés, les militants d'ATD Quart Monde, des personnes de tous horizons venant partager leurs passions et savoirs, les professionnels des actions éducatives, sociales et culturelles du quartier (école, bibliothèque, …)

Dans chaque lieu où se déroule durant l'été, un temps "d'Avenir Partagé", il est proposé aux enfants et à leurs parents de participer à un projet d’expression et de communication relayé par Internet et un site Web. Cette mise en lien des différents sites de l’Avenir Partagé à l’aide des technologies modernes de communication, est fondamentale parce que la grande pauvreté isole, enferme. Les nouveaux outils du multimédia et de l’Internet- au moyen desquels les hommes échangent de plus en plus - peuvent et doivent être une chance pour les familles plus pauvres : une chance de pouvoir s’exprimer et de mettre en valeur ce qu’elles vivent dans leurs quartiers, des quartiers qui véhiculent trop souvent des images négative des lieux comme des habitants.

En 1998, le projet d’expression et de communication du "Web de l'Avenir Partagé" était intitulé " Quartiers échangent Trésors sur Internet " : les enfants et les habitants des quartiers étaient invités à présenter les personnes (les enfants principalement) du quartier et leurs réalisations, à mettre en valeur ces réalisations et à les lier aux initiatives de quartiers proches ou lointains. Il a touché les habitants et, en particulier les enfants, d'environ 30 quartiers défavorisés en Europe.

Un Cyberbus aide les quartiers à échanger leurs trésors

Au moment même où les quartiers se mobilisent, un cyberbus voyage en Europe pour soutenir les lieux pour qui la participation à ce projet est prioritaire (isolement important, forte exclusion, volonté de créer un point de communication avec d’autres lieux...). Dans les lieux étapes, le bus renforce ce qui se vit au niveau local et soutient ce que les enfants ont déjà commencé à créer dans le quartier. Le cyberbus joue un rôle fondamental dans la réussite du projet : il est le pôle des échanges et de la communication. Une communication s’appuie en effet sur des personnes, en particulier sur l’équipage du cyberbus, qui deviennent une référence pour les enfants. Le bus est devenu au fil des ans un lien physique entre les quartiers par lesquels il est passé. Avec le passage du cyberbus, un quartier s’ouvre au monde et accueille les messages et trésors venus d’ailleurs. Autour du bus, avant son départ, les habitants prennent connaissance des messages écrits sur place et des "trésors" qu'il emportera avec lui.

Un projet qui repose sur un important investissement bénévole

Cette initiative est déjà riche de trois campagnes réalisées au cour des été 96, 97 et 98. Elle s'appuie sur un site web à accès codé réalisé depuis 1996 par des informaticiens bénévoles travaillant sur leur propre matériel. Le cyberbus voyage avec un équipement minimum : deux ordinateurs, un appareil photo numérique, une imprimante couleur.

La participation locale au projet repose entièrement sur l'investissement bénévole de personnes, engagées ou non au sein d'ATD Quart Monde, et impliquées dans la dynamique de l'Avenir Partagé. Il faut trouver des équipements informatiques avec accès à Internet localement, un ou plusieurs accès téléphoniques et à l'électricité généralement fournis par l'habitant. Il faut ensuite animer l'atelier au cours du temps d'Avenir Partagé.

En 1998, 38 ordinateurs ont été offerts par la FNAC pour soutenir cette opération. Le fournisseur d’accès Easynet héberge gracieusement et depuis 1996 le site de l'Avenir Partagé. Les frais de voyage du cyberbus (frais d'assurance, d'entretien, d'essence) sont de l'ordre de 30 000 FF. Chaque année, la coordination du projet, supportée par ATD Quart Monde est évaluée à 150 000 FF (coordination et maintenance du site Web, recherches de financements, mobilisation des groupes locaux, préparation du voyage du cyberbus, compte-rendu, évaluation et suites du projet).

Contact : Bruno Masurel, Secrétariat de l'Avenir Partagé, ATD Quart Monde, e-mail : action@atd-quartmonde.org


fiche n° 4

La France adopte une loi contre les exclusions… Et les technologies modernes ?

La loi d'orientation relative à la lutte contre les exclusions a été promulguée le 29 juillet 1998.

Cette loi marque l'aboutissement de plusieurs dizaines d'années de lutte pour faire reconnaître la misère comme une violation des droits humains, pour redécouvrir à partir des plus pauvres qu'une personne et sa famille forment un tout, que les droits sont indivisibles et qu'en conséquence les politiques doivent être cohérentes et globales.

En 1987, après deux années de travail collectif, le Conseil Economique et Social français adoptait le rapport Wresinski qui reconnaissait la misère comme une violation des droits de l'homme et proposait, après expérimentation dans dix départements pilotes, l'adoption d'une grande loi d'orientation. La démarche et l'essentiel des propositions retenues dans la loi d'orientation se trouvent dans ce rapport, mais il a fallu plus de dix ans pour faire cheminer les esprits et créer à partir de personnes sans aucun pouvoir, la volonté politique d'aboutir.

C'est depuis cette même année 1987 qu'ATD Quart Monde a suscité, à partir des plus pauvres, un courant d'opinion déterminé à tourner la page des successions de programmes de mesures spécifiques et temporaires pour les pauvres. Ce courant a été fortement amplifié à partir de 1994, lorsque 30 associations engagées dans la lutte contre l'exclusion se sont réunies dans le collectif Alerte pour lancer un Pacte contre l'exclusion.

L'élaboration de la loi d'orientation adoptée en juillet en France a été une des plus longues et difficiles que puisse connaître une loi, mais toutes les avancées,

les reculs ou les interruptions, ont permis de consolider un accord sur une approche nouvelle. Il est significatif de noter qu'au cours des 18 journées de débat parlementaire, aucune intervention n'a remis en cause la nécessité de cette loi visant à instaurer une approche permanente d'accès de tous aux droits de tous.

Même si le texte a ses limites, il contient dans ses 159 articles d'utiles outils pour sans cesse se ré-approcher de l'objectif du respect des droits fondamentaux, au nom de l'égale dignité de tous les êtres humains, inscrit dans l'article premier. Encore faut-il que le pays s'approprie ce texte. Le dernier article, quant à lui, prévoit l'obligation pour le Gouvernement de présenter au Parlement un rapport d'évaluation à l'élaboration duquel "les personnes en situation de précarité et les acteurs de terrain seront particulièrement associés".

De nombreuses dispositions prévues dans la loi d'orientation adoptée en France existent dans d'autres pays et souvent de manière plus novatrice, mais il semble que l'avancée réalisée après tant d'années d'efforts, consiste dans la globalité de l'approche et l'ampleur du texte législatif qui doit susciter de nombreux prolongements.

Lors des rencontres d'Autrans 98, l'une des recommandations faites au gouvernement français par l'atelier "Education - formation - lutte contre l’exclusion" était la suivante : "Les pouvoirs publics veilleront à intégrer l'accès à la culture et aux nouvelles technologies pour tous dans les textes et projets relatifs à la lutte contre l'exclusion sociale." "Les nouvelles technologies" ne sont pas citées dans le texte de la loi contre les exclusions, mais il y a dans cette loi de plusieurs points d'appui sur lesquels il est possible de bâtir pour garantir à tous l'accès et l'usage des outils modernes du savoir, de la communication et de la citoyenneté.

Deux exemples parmi d'autres :

En ce qui concerne l’accès à la culture, l’article 140 donne une existence légale aux " programmes d’action concertés pour l’accès aux pratiques artistiques et culturelles ": il s’agit de programmes dans lesquels les Directions Régionales des Affaires Culturelles (DRAC) devraient jouer un rôle d’impulsion et qui " privilégieront les actions suivantes : l’éducation et les apprentissages culturels en lien avec les établissements scolaires, l’apprentissage de la lecture et de l’écriture en lien avec les bibliothèques (...), l’accès aux structures de diffusion, de création ou de formation artistique et culturelle (…)" Cette disposition de la loi, si elle est vraiment mise en œuvre avec la volonté d’atteindre les plus exclus, peut permettre de s’attaquer en profondeur à la grande pauvreté et l'exclusion. Le gouvernement pourrait s'assurer que, par l'intermédiaire des DRAC, il impulse la mise en place d'actions pour l'accès aux nouvelles technologies et à l'Internet dans le cadre de ces programmes d'action concertés. Il pourrait également s'assurer que les lieux publics qui proposent l'accès aux nouvelles technologies entreprennent des actions pour s'ouvrir aux publics les plus éloignés, par exemple en sortant de leurs murs.

Un autre exemple : l'article 142 III stipule que "Les élèves doivent tous pouvoir accéder aux activités périscolaires facultatives organisées par les établissements scolaires, sans que l’argent soit un obstacle". On peut s'imaginer que dans de nombreux lieux, l'accès aux outils de l'Internet soient du domaine du périscolaire. Cet article est donc un point d'appui pour que des enfants et des jeunes ne soient pas mis à l’écart du monde des technologies nouvelles.


fiche n° 5

Quelques ouvrages à consulter…

Des @utoroutes pour tous
Revue Quart Monde n°163 - Septembre 97

En septembre 97, ATD Quart Monde a publié un numéro de la "Revue Quart Monde" consacré à l'Internet et intitulé "Des @utoroutes pour tous". Cette Revue sera disponible à Autrans. Michel Elie qui est l'auteur d'une des contributions la présente ainsi : " A l'ère d'Internet, les plus démunis vivent trop souvent au milieu d'un désert. Comment grâce aux nouvelles technologies de la communication, briser cet isolement et bâtir une communication réelle entre tous les hommes ? ... Que faire pour que les plus défavorisés soient pleinement acteurs du nouvel ordre social et ne restent pas, encore une fois en arrière?"

Les auteurs de contributions, parmi lesquels Bruno Oudet, Philippe Quéau, Michel Serres, nous livrent leurs réflexions sur ce thème, aboutissant parfois à des conclusions apparemment contradictoires : à l'inquiétude de Philippe Quéau ( "de même qu'il y a un Quart Monde lié à la société industrielle, on peut faire l'hypothèse qu'il y aura une augmentation d'exclusion dans la civilisation du virtuel", "une exclusion intellectuelle se prépare") répond l'optimisme de Michel Serres (" l'insertion, c'est d'abord de donner aux exclus, aux pauvres gens, la possibilité de former une vraie communauté, de dialoguer entre eux, de parler entre eux de leurs besoins"). D'autres contributions décrivent des expériences sur le terrain au sein des projets d'ATD Quart Monde."

High Technology and Low-Income Communities
Prospects for a positive use of advanced information technology
MIT Press 1999 - Edited by Donald A. Schön, Bish Saynal and William J.Mitchell

Comment les communautés à bas revenus sont elles affectées par les changements sociaux, culturels, économiques et politiques qui accompagnent le développement des technologies modernes de l'information ? Comment pouvons-nous orienter ces changements ? Quels sont les perspectives et les difficultés des initiatives et projets qui veulent permettre aux pauvres de bénéficier de ces nouvelles technologies ? Ce livre qui se veut être un outil pour l'action, identifie les questions-clés, présente cinq expériences de terrain et suggère quelques réponses. La présentation des cinq initiatives qui cherchent à utiliser l'ordinateurs et la communication électronique au bénéfice de populations urbaines à bas revenus, est le point d'ancrage des réflexions rassemblées dans cet ouvrage.

Refuser la misère à l’échelle d’un pays
Une lecture de la loi d’orientation du 29 juillet 1998 relative à la lutte contre les exclusions
Dossiers et documents de la Revue Quart Monde - n°9 - Editions Quart Monde - 1998

Un outil pour aider ceux qui s'engagent aux côtés des familles les plus pauvres à s'appuyer sur cette loi pour obtenir le respect effectif des droits fondamentaux. Il s'adresse à ceux qui par leur engagement et par leur responsabilités professionnelles, politiques, sociales, économiques ou culturelles sont impliqués dans la lutte contre l'exclusion.

Passeport pour l'Informatique
Vincent Fanelli et Bruno Tardieu - Editions Quart Monde - 1986

Pourquoi apporter des ordinateurs aux plus désavantagés ? Ce document de type pédagogique, basé sur un projet d'ATD Quart Monde dans les rues de New York, est destiné à tous ceux qui, par leur engagement professionnel ou/et solidaire, sont amenés à mettre en oeuvre des actions libératrices avec les plus pauvres. Il ne donne pas de recettes, mais transmet des réflexions, des lignes directrices, une méthodologie, fondées sur des expériences déjà réalisées.

Ouvrages en français disponibles aux Editions Quart Monde
e-mail : editions@atd-quartmonde.org


fiche n° 6

Le compte-rendu de l'atelier
"Internet et Lutte contre l'exclusion"

Rencontres d'Autrans 99 - 7 janvier 99

Animateurs : Jean Vanderspelden (APP) & Pierre Klein (ATD)

L'atelier a réuni une palette très vaste d'acteurs du monde culturel (Ministère de la Culture, réseau des bibliothèques, INA), du monde de la formation (réseau des Ateliers de Pédagogie Personnalisée, DAFCO), du milieu associatif (École de la Paix, UNAPEI, Atd Quart Monde), des responsables de centres offrant un accès au multimédia (cybercentre à Strasbourg, MJC de Montplaisir,...), des responsables de projets européens, de développeurs de produits informatiques et de simples citoyens engagés dans leur quartier, à titre personnel. Le tour de table a bien montré que les publics exclus, ou en voie d'exclusion, sont divers.

Parmi les points qui sont ressortis des présentations des projets et des préoccupations des uns et des autres, on peut souligner :

1 ) Les initiatives qui lient lutte contre l'exclusion et usage de l'Internet, se multiplient. Les projets qui ont germé il y a quelques années, se sont concrétisés. Il semble important de passer à une nouvelle étape d'échanges sur les expériences et de confrontation des évaluations. Les pouvoirs publics devraient pouvoir s'impliquer dans ce processus pour rassembler cette expertise, en faire bénéficier les projets futurs, et susciter de nouvelles initiatives.

2 ) La nécessité de soutenir la formation aux NTIC des acteurs de la lutte contre l'exclusion a été fortement exprimée. Pour permettre aux populations défavorisées, de toutes natures, d'entrer dans le monde des NTIC, il est fondamental que ceux qui travaillent avec ces populations soient eux aussi familiers de ces outils.

3 ) Les personnes en situation d'exclusion ont souvent besoin de dire qui elles sont, de travailler à leur " reconnaissance", de dire leur dignité, leurs espoirs, avant de pouvoir entrer dans une démarche de connaissance et de formation. Les outils du multimédia et de l'Internet, par les possibilités de création, d'expression, de publication qu'ils offrent, jouent un rôle positif dans ce domaine. Il est donc important de soutenir les initiatives qui permettent aux populations en situation d'exclusion de s'exprimer, de créer, de partager leur point de vue à l'aide de ces technologies.

4 ) De nombreux efforts sont faits pour permettre la présence d'outils multimédias en accès libre dans des lieux publics, des lieux culturels et de formation, des lieux ouverts à la jeunesse. Il faut saluer ces efforts. Les participants à l 'atelier soulèvent aussi un certain nombre de questions à ce sujet :

5 ) Les outils multimédias et Internet nécessitent aujourd'hui des savoirs de base pour les utiliser pleinement : lecture, écriture, interaction avec un ordinateur mais aussi capacité de structurer une recherche sur le Web par exemple. Ces compétences ne peuvent parfois pas être acquises (personnes handicapées) ou n'ont pas pu être acquises dans un parcours scolaire (publics défavorisés).

S'il reste prioritaire de permettre à tous d'accéder, lorsque c'est possible, à la maîtrise des savoirs de base (lecture, écriture, calcul) , il faudrait aussi favoriser un travail sur l'ergonomie des outils informatiques et des interfaces utilisateur pour faciliter leur usage par les publics en difficultés.

6) La lutte contre l'exclusion ne peut faire l'économie de l'investissement humain. A ce niveau, les pouvoirs publics pourraient soutenir le développement d'un métier de "médiateur des nouvelles technologies de l'information". Ce développement pourrait se faire dans l'esprit qui a permis l'émergence du métier de "médiateur du livre" : par la création d'une véritable filière de formation qualifiante comprenant un volet important sur la connaissance des publics très démunis et une volonté durablement garantie, que cette filière soit suffisamment ouverte pour permettre à des jeunes et adultes très peu qualifiés d'y accéder et de s'y former aux technologies de la formation et l'information. La création d'emplois de médiateurs culturels est prévue dans le programme d'action gouvernementale contre les exclusions et l'importance de formations adaptées et la compétence des personnes issues des milieux défavorisés y est reconnue.

Texte provisoire soumis à l'ensemble des participants pour avis et commentaires le 14/01/99


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(c) Editions Quart Monde 1999