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ATD Quart-Monde - "Les
points d’accès publics dans les quartiers et
campagnes" |
Autrans 2000
Bruno
Masurel
24-11-99
Pour le Mouvement ATD Quart Monde internet est un nouveau langage entre les Hommes qui est en train de se développer. C’est donc vraiment un nouvel instrument de communication dont il est tout à fait essentiel de revendiquer un véritable usage pour tous, par opposition à toutes les utilisations à des fins mercantiles ou réservées à une petite partie de privilégiés, auxquels une conscience d’un aspect du monde serait réservée.
Quelles questions cela pose pour que la population dans son ensemble, et les populations les plus défavorisées en particulier y aient accès ?
La question est la même, appliquée à cet outil de communication particulier, que pour tous les savoirs, toute culture :
Pour que les populations défavorisées aient accès à Internet, il faut que cela ne les réduise pas à être des récepteurs, il faut qu’internet soit aussi un outil qui leur permette d’exprimer leur expérience de vie de manière à être acteurs en même temps que récepteurs, il faut qu’il y ait une interaction entre les savoirs auxquels ces populations auront accès par Internet et leur propre expérience.
Par conséquent, il faut aller bien au-delà de la banalisation de points d’accès à Internet qui se généraliseraient en couvrant tout le pays.
Sans mode d’emploi, sans engagement aux côtés de ces populations, Internet se trouvant alors à sa juste place d’être un nouveau moyen de communication, non exclusif, Internet risque de n’être qu’une nouvelle télé qui est bien plus difficile à utiliser qu’un télé, car il reste bien des progrès à faire pour réduire les difficultés d’accès à internet et à l’informatique en général ! L’outil de communication prend son sens s’il devient l’instrument qui permet, à travers une véritable communication, où l’on a aussi une expérience à partager aux autres, d’entrer dans une vraie communication, dans les deux sens.
Sans cela, Internet risque surtout de reproduire les exclusions qui existent déjà en d’autres lieux de transmission du savoir, au premier rang desquels se trouve l’école : Comment expliquer en effet que, malgré les moyens mis en œuvre, l’école ne parvienne pas à transmettre le savoir qu’elle est censée transmettre à tous les enfants ? C’est bien parce que l’enfant qui vient d’un milieu très défavorisé se sent trop étranger au savoir que l’école entend lui transmettre, cette école ne faisant pas assez l’effort de connaître la vie de ces enfants et de leur famille. Si l’école ne permet que les enfants y viennent avec leur expérience, leur vécu, si elle ne cherche pas à ce que le savoir qu’elle dispense s’harmonise, s’intègre avec la compréhension que l’enfant a de sa propre vie et du monde qui l’entoure, alors, la transmission de savoir (à sens unique) ne fonctionne pas pour une partie des enfants.
Ce parallèle avec l’école permet d’anticiper, d’imaginer en extrapolant comment Internet peut, même s’il est de plus en plus fréquenté, rester un langage étranger à une partie de la population. Cette partie pourrait même être bien plus vaste que les populations très défavorisés. A l’école ce sont déjà 15 à 20 % des enfants qui sont en marge, qui n’accèdent même pas aux apprentissages fondamentaux, tels que la maîtrise de la lecture, de l’écriture, du calcul, de l’expression orale nécessaire pour se faire comprendre des autres.
Avec Internet, les exclus pourraient être bien plus nombreux, si un effort important n’est pas fait pour que les populations puissent s’approprier ce nouvel outil de communication.